Pour la première fois dans l’histoire du Royaume du Maroc, une femme dirige le gouvernement. Nommée le 29 septembre 2026, Fatima Zahra El Mansouri a présenté son équipe au Souverain le 16 octobre, à Rabat. Entre symbole, attentes sociales et impératif de résultats, une nouvelle séquence politique s’ouvre.
C’est au Palais royal de Rabat, un vendredi d’octobre, que la scène s’est jouée. Devant SM le Roi Mohammed VI, les membres du nouveau gouvernement ont prêté serment, à la suite de leur nomination. Une cérémonie en apparence protocolaire, mais qui scelle l’entrée en fonction d’une équipe portée, pour la première fois, par une femme.
Un seuil franchi
Le cheminement a été rapide. Les élections législatives du 23 septembre ont placé le Parti Authenticité et Modernité (PAM) en tête, avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (66) et le Parti de l’Istiqlal (65). Six jours plus tard, le 29 septembre, le Souverain a, pour la première fois au Maroc, fait accéder une femme à la tête de l’Exécutif. La nomination de Fatima Zahra El Mansouri intervient en application de l’article 47 de la Constitution, qui réserve cette fonction au parti arrivé premier du scrutin.
Avocate de formation, Fatima Zahra El Mansouri, 50 ans, n’a rien d’une novice. Élue maire de Marrakech dès 2009, à 33 ans, elle fut la première femme à diriger la cité ocre, avant de rejoindre le gouvernement sortant, où elle pilotait le ministère de l’Habitat. C’est donc une femme d’expérience qui accède aujourd’hui à la tête de l’Exécutif, et elle en mesure la portée : sa nomination, a-t-elle confié, est un message adressé à l’ensemble des Marocaines, appelées à œuvrer au sein d’une société harmonieuse avec toutes ses forces vives. Un symbole fort, qui s’inscrit dans une volonté plus large d’ouvrir davantage les sphères de décision aux femmes. »
Une majorité à bâtir
La victoire n’a pas offert de blanc-seing. Loin des 198 sièges requis pour la majorité absolue, le PAM devait composer. Le 12 octobre, il a officialisé une alliance avec l’Istiqlal, l’USFP et le PPS. Le PJD, de son côté, avait annoncé son intention de rester dans l’opposition. Gouverner sera, pour Fatima Zahra El Mansouri, d’abord affaire de négociation : sa coalition lui impose le compromis, tandis que les grandes orientations des secteurs stratégiques relèvent du Roi Mohammed VI.
Une feuille de route sous haute attention
C’est dans ce contexte que le Souverain a reçu la cheffe du gouvernement désignée, le 14 octobre, pour s’enquérir de l’avancement des consultations. Le communiqué du Cabinet Royal ne laisse aucune ambiguïté sur l’esprit de la prochaine étape : elle appelle, y lit-on, « à une mobilisation globale et une action gouvernementale sérieuse et responsable », à la mesure de l’ampleur des enjeux et des attentes.
Deux jours plus tard, la liste de l’équipe était dévoilée. On y retrouve des figures bien connues : Nasser Bourita aux Affaires étrangères, Fouzi Lekjaa à l’Économie et aux Finances, Nizar Baraka à l’Équipement, à l’Eau et aux Forêts. D’autres portefeuilles changent de main : à l’Agriculture, Khalid Hatimy succède à Ahmed El Bouari, Jalal Charaf est nommé ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie solidaire à la place de Fatima Zahra Ammor, Ahmed Mehdi Mezouari est ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire, chargé de la Pêche maritime en remplacement de Zakia Driouich et Nabil Benabdallah est ministre de l’Education nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification au lieu de son prédécesseur Mohamed Saad Berrada.
Un mélange de continuité et de visages nouveaux, qui illustre la double exigence assignée à l’équipe : de l’expérience pour tenir le cap, du renouvellement pour le faire évoluer.
Un moment charnière : au-delà de la portée symbolique d’une première, c’est à sa capacité à transformer les promesses en améliorations tangibles que cet Exécutif sera jugé.
Renouveler, assumer, rendre des comptes
La promesse affichée est celle d’une équipe qui conjugue renouvellement des profils, forte assise politique et efficacité. Le gouvernement entend faire de la jeunesse et de l’émergence de nouvelles figures un moteur de son action, avec l’ambition d’apporter des idées neuves et de mieux prendre en compte les aspirations de la société. Sa composante politique, soulignent ses promoteurs, doit lui permettre de fixer des priorités, d’expliquer ses décisions, de porter les réformes et d’en rendre compte. L’enjeu : ne pas se contenter de gérer, mais donner un cap et s’y tenir. Les finalités annoncées se résument en trois mots : dignité, justice sociale, équité territoriale. Autrement dit, une action publique qui se juge à la réduction des inégalités, à une meilleure protection des plus vulnérables et à un accès plus équitable aux services et aux opportunités, dans toutes les régions et pour toutes les catégories de la population.
L’épreuve des résultats
Les mots sont posés ; reste l’épreuve du réel. La nouvelle équipe hérite de problèmes socio-économiques persistants et d’un défi de taille : restaurer la confiance des citoyens dans l’action publique. Sur ce terrain, aucune première historique ne tient lieu de bilan. L’histoire retiendra la date du 29 septembre ; les Marocains, eux, jugeront sur les actes.


