Madame Zakia Driouich, Secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime a donné une interview à au média FreeNews, dans laquelle elle a évoqué l’un des principes cardinaux de la stratégie qui est l’adaptabilité face aux défis nouveaux, tels que les effets du changement climatique ou la fréquence accrue des canicules marines… A cet égard, la ministre rassure avec la mise en exergue d’une stratégie qui prévoit des mécanismes de révision et de résilience pour maintenir l’équilibre entre exploitation et préservation.
FreeNews : Nous avons appris de sources proches du dossier que dans le secteur de la pêche maritime, des changements pourraient être opérés dans les caractéristiques techniques des navires afin d’augmenter l’effort de pêche. Qu’en est-il exactement madame la ministre ?
Zakia Driouich : En réponse à vos interrogations relatives à d’éventuels changements des caractéristiques techniques des navires de pêche et leur lien avec l’effort de pêche, nous tenons à vous fournir les clarifications suivantes :
Le Secrétariat d’Etat chargé de la Pêche Maritime tient à rappeler que toute modification des caractéristiques techniques des navires (longueur hors tout, puissance motrice, tonnage, etc.) est strictement encadrée par la réglementation en vigueur, notamment par les dispositions de la loi n° 59-14 relative à l’acquisition, la mise en chantier, l’importation et la refonte des navires de pêche, ainsi que par son décret d’application n° 2-20-147.
Ces textes imposent un cadre rigoureux d’autorisation administrative préalable pour toute opération ayant pour effet de modifier les paramètres techniques des navires. L’évaluation des demandes s’appuie notamment sur la conformité aux plans d’aménagement des pêcheries en vigueur (Article 3 de la loi n° 59-14). Cette évaluation vise à garantir que l’effort de pêche reste compatible avec l’état des ressources halieutiques et les objectifs de durabilité fixés par la Stratégie Halieutis et les engagements internationaux du Maroc.
Afin de maîtriser efficacement l’effort de pêche, l’article 4 du décret d’application n° 2-20-147 stipule que les opérations de remplacement ou de refonte de navire sont soumises à l’autorisation préalable délivrée par l’administration compétente conformément aux dispositions de l’article 1 de la loi n° 59-14 selon les critères techniques (portant notamment sur jauges, puissance motrice et type de pêche pratiqué) fixés par arrêté de l’autorité gouvernementale chargé de la pêche maritime.
FN : Nous souhaitons des mesures de protection de nos eaux certes, mais qui doivent répondre aux véritables enjeux écologiques, au lieu de poursuivre purement et simplement une politique du chiffre. Que pouvez-vous nous dire pour nous rassurer madame la ministre ?
Z.D. : Le Secrétariat d’Etat chargé de la Pêche Maritime rappelle les réalisations importantes accomplies en matière d’aménagement des pêcheries, qui couvre actuellement plus de 30 espèces ou groupes d’espèces représentant 96% des stocks d’importance commerciale.
Les mesures de gestion instaurées visent en particulier à réduire l’impact de l’effort de pêche sur les ressources et sur l’écosystème marin et à préserver la capacité reproductrice des différents stocks et de renforcer leur résilience face aux aléas des changements climatiques. Ces mesures concrètes sont instaurées après avis scientifique de l’Institut National de Recherche Halieutique et sont appliquées conformément à la réglementation nationale et aux recommandations des organisations régionales de gestion de pêche compétentes (CGPM, ICCAT).
A ce titre, le Maroc a été primé à plusieurs reprises pour la conformité de son système de gestion par ces ORGP, et est considéré comme un leader régional en matière de gestion rationnelle des ressources halieutiques.
FN : Vous n’êtes pas sans savoir que l’effort de pêche dépend du type de navire, de sa puissance et caractéristiques…et des engins de pêche utilisés. Mais si, pour une raison ou une autre, l’on décide de changer l’une de ces données, nous changeons, de facto, l’effort de pêche pour le même quota, et c’est là où le bât blesse.
Z.D. : Le Secrétariat d’Etat chargé de la Pêche maritime réfute fermement toute pratique tolérant ou encourageant des changements techniques non conformes à la réglementation visant à accroître de manière dissimulée l’effort de pêche.
Tout manquement au respect de la loi entraîne des sanctions, conformément à la législation en vigueur. Ce Secrétariat assure que la réglementation actuelle interdit toute dérive non encadrée et non réglementée dans la modification des caractéristiques techniques des navires. Il reste fermement engagé dans la voie de la durabilité, de la transparence et de la responsabilité.
La politique actuelle de gestion durable des pêcheries vise le développement d’une approche de spatialisation dont l’objectif principal est l’adéquation entre le potentiel exploitable et l’effort de pêche autorisé par pêcherie. Dans ce même sens, les programmes actuels visent à appliquer le zoning (rattachement des navires à une unité spatiale d’aménagement) aux différentes activités de pêche et à encourager la spécialisation afin de préserver les différents stocks de poisson.
Il faut rappeler aussi que le Maroc a déployé des efforts conséquents pour la régulation de l’effort de pêche selon une approche multidimensionnelle : contrôle de la capacité à travers un gel d’investissement depuis 1992, limitation de l’accès par des droits, surveillance des captures, mise en place de quotas biologiques fondés sur les avis scientifiques, fermetures spatio-temporelles des zones vulnérables de fraie et de nourricerie, le repos biologique et la révision des engins de pêche à fort impact, lorsqu’ils s’avèrent destructeurs ou non sélectifs.
Par ailleurs, la restriction, voire l’interdiction, de certaines méthodes de pêche non sélectives ou utilisées en dehors de leurs zones autorisées – peut s’inscrire dans une optique de gestion durable. L’INRH a réalisé des expérimentations sur plusieurs engins et il est en cours d’étude des impacts d’autres engins par fournir une base scientifique pour atténuer les effets de ces engins sur les ressources vivantes et l’écosystème notamment sur les zones vulnérables et d’intérêt pour la biodiversité.
De même, le Maroc est fermement engagé dans la voie d’une croissance bleue responsable. La politique halieutique marocaine ne poursuit en aucun cas une logique de production à tout prix. Elle s’inscrit dans une trajectoire d’équilibre entre performance économique, justice sociale et impératifs écologiques.
Zakia Driouich : « La stratégie prévoit des mécanismes pour maintenir l’équilibre entre exploitation et préservation »
FN : Madame la ministre, nous avons accueilli favorablement le fait que le Maroc surveille par satellite tous les bateaux de pêche marocains et étrangers opérant au large des côtes marocaines grâce au système
« VMS ». Le satellite permet ainsi de contrôler les quantités prises en mer afin de s’assurer que les limites fixées par la loi en matière de pêche traditionnelle soient respectées. Mais si cette mesure est appliquée, quelles en seront les conséquences sur la durabilité et la disponibilité des poissons au-delà de l’approvisionnement du marché ?
Z.D : D’abord, il faut préciser que le système VMS (Vessel Monitoring System), appelé aussi Système de surveillance des navires de pêche, est un système qui permet la surveillance par satellite à travers les données VMS transmises par le Dispositif de Positionnement et de Localisation (DPL) du navire via ce satellite : position, cap et vitesse. Il porte essentiellement sur la localisation et le déplacement du navire moyennant un logiciel qui permet l’analyse desdites données. Ceci se fait, indépendamment des données relatives aux captures (espèces, quantités, …). Ainsi, tous les navires assujettis au VMS, quelle que soit leur taille, sont surveillés de la même manière et avec les mêmes dispositifs et outils (DPL à bord, satellite, station terrienne, centre de contrôle, logiciel), et cette surveillance permet de détecter, à travers l’analyse desdites données VMS, principalement le non-respect des zones et périodes interdites à la pêche, l’activité sans licence de pêche, l’activité après épuisement de quota de l’espèce objet de la licence de pêche.
Le système VMS permet donc, quelque soit la taille du navire assujetti, le contrôle du respect des dispositions prises dans l’aménagement des pêcheries (réglementation des pêches maritimes) en matière de zones et de périodes interdites et ce pour contribuer aux efforts visant à assurer la durabilité et la disponibilité de la ressource halieutique.
FN : Est-ce que ces changements à venir intègrent-ils la vision du plan Halieutis et sa stratégie validée par toutes les parties prenantes ?
Z.D. : Il est essentiel de rappeler que toute éventuelle évolution envisagée dans le secteur de la pêche maritime, qu’elle soit de nature réglementaire, technique ou économique, ne peut se faire en dehors du cadre structurant de la stratégie du secteur de la pêche maritime. Cette stratégie repose sur une vision intégrée de durabilité, et constitue l’ossature centrale des politiques publiques halieutiques au Maroc.
Chaque mesure prise dans le secteur est subordonnée à un double filtre : l’avis scientifique émanant de l’Institut National de Recherche Halieutique (INRH) ainsi que le dialogue avec les professionnels à travers les CPMs. Le secrétariat d’Etat assure que toute modification technique des navires ou révision des règles de gestion tienne compte des capacités biologiques des écosystèmes marins, des limites de renouvellement des espèces et de la nécessité de préserver les équilibres océaniques à long terme.
Par ailleurs, il serait infondé de suggérer que l’administration du secteur de la pêche introduirait des mesures techniques risquant d’augmenter l’effort de pêche sans considération pour leurs conséquences écologiques. Aucune mesure de cette nature ne peut être validée sans étude d’impact, et encore moins sans être inscrite dans les cadres d’aménagement des pêcheries, qui sont régulièrement révisés en fonction de l’état des stocks.
La stratégie du secteur de la pêche s’inscrit également dans les engagements du Maroc à l’échelle régionale et internationale, notamment : les Objectifs de Développement Durable (notamment l’ODD 14 relatif à la vie aquatique), la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), les engagements de l’Initiative Bleue Africaine, les résolutions adoptées par les ORGPs.
Enfin, je tiens à souligner que l’un des principes cardinaux de la stratégie est l’adaptabilité : face aux défis nouveaux, tels que les effets du changement climatique ou la fréquence accrue des canicules marines, la stratégie prévoit des mécanismes de révision et de résilience pour maintenir l’équilibre entre exploitation et préservation. Il ne peut donc y avoir de “déviation technique” ou de “dérive politique” qui ne soit pas corrigée par ce dispositif.
Propos recueillis par Meyssoune Belmaza


