A en croire les dernières dispositions du PLF 2025, la cigarette électronique jetable est, encore une fois, dans la ligne de mire du gouvernement au Maroc avec une taxe rehaussée de 50 dirhams l’unité. Après que le secteur des Tabacs a connu un acharnement hors du commun avec des augmentations successives dans différentes lois de finances par le passé, le tour de la e-cigarette semble venu d’être dans le collimateur.
Selon un fin connaisseur des arcanes des finances publiques qui requiert l’anonymat, l’Exécutif a toujours besoin de ressources budgétaires, et notamment pour le financement des différents projets et chantiers en cours, notant que les ponctions préférées sont notamment les recettes des taxes intérieures de consommation ainsi que le relèvement des droits à l’importation du tabac et de l’alcool, une sorte de vache à traire traditionnel.
Et de poursuivre: « Le projet de loi de finances 2025, adopté vendredi dernier par le Conseil de gouvernement, ne porte certes pas de modification de la TIC (taxe intérieure de consommation) sur la tige ni de hausse des droits à son importation puisque le prix du paquet de clopes restera stable l’année prochaine. Cependant, c’est la e-cigarette qui semble être la seule dans le viseur de l’Exécutif cette fois-ci ».
La même source nous indique que le PLF-2025 envisage très sérieusement d’instaurer une taxe sur les cigarettes électroniques jetables, une taxe qui s’élèverait à 50 dirhams par unité.
« Les substituts nicotiniques sans tabac ne sont pas ménagés non plus puisqu’ils seraient aussi soumis à une taxe de 220 dirhams par kilogramme, un taux comparable à celui appliqué à des produits similaires », explique cet économiste, ajoutant que le gouvernement, pour plus de contrôles sur ces produits, tendra également à étendre l’obligation de marquage fiscal aux liquides pour cigarettes électroniques et aux substituts nicotiniques.
Et de relever: « Cette mesure devrait, néanmoins, entrer en vigueur qu’en début 2026 afin de laisser un délai aux fabricants et aux distributeurs pour s’adapter à cette nouvelle réglementation ».
« Le secteur des tabacs au Maroc a connu, depuis quelques années déjà, une reconfiguration à marche forcée, en raison de multiples augmentations successives des prix de vente, des nouvelles réglementations et d’une concurrence des plus féroces de la part des fabricants de cigarettes, à savoir le seul et unique national avec tous les autres internationaux. Mais maintenant la donne a changé avec la ruée vers la cigarette électronique rechargeable ou jetable et attrayante aux multiples saveurs », nous confie une source travaillant pour un distributeur de la place avant d’ajouter que la e-cig échappait en quelque sorte aux « radars » des impôts mais plus depuis les modalités proposées dans le PLF 2024.
Et de préciser : « En fait, avec le taux du droit d’importation applicable aux cigarettes électroniques jetables qui est passé de 2,5% à 40% en début d’année, le gouvernement avait cru freiner les ardeurs des vapoteurs mais ce ne fut pas le cas. A présent, il reprend de plus belles avec une nouvelle taxe exagérée proposée dans le PLF 2025 ».
La guerre déclarée entre la cigarette électronique et la sèche au Maroc
Interrogé par Freenews sur la question, Kamal, un buraliste sis à Mers Sultan à Casablanca, se frotte les mains et se réjouit de cette mesure : » Cette hausse vise à freiner l’engouement des jeunes pour ces produits et à limiter la prévalence du tabagisme », se contredisant toutefois en regrettant que « sa clientèle, majeure et consommatrice habituelle de cigarettes, a arrêté de fumer pour commencer à vapoter ».
Ceci étant, la partie adverse, en l’occurrence plusieurs propriétaires des boutiques de cigarettes électroniques se veulent plus critiques à l’égard du gouvernement, et semblent privilégier la piste d’une contre-attaque locale menée par quelques fabricants de cigarettes, et ce même s’ils ont investi également dans la confection et/ou distribution des e-cig. Une rumeur, d’après-eux, confirmée au trade marketing ces derniers mois par les commerciaux de certains opérateurs qui ont vu leurs chiffres de ventes de cigarettes chuter drastiquement par rapport aux dernières années.
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Et à Ali.S, l’un de ces vendeurs de e-cig d’estimer : « Le gouvernement marocain compte s’attaquer aux vapoteurs en passant par leur poche. Non pas pour « leur soi-disant bien » parce que, primo il n’y a pas que la jeunesse qui vapote au Maroc et secundo, le danger émane plutôt des cigarettes, car elles permettent à ces jeunes ados de confectionner des joints ! Avec la e-cig, le fait d’introduire du cannabis en l’état est chose impossible ».
Saïd.A, un autre proprio de shop e-cig sur Casablanca s’exprime au micro de Freenews : « Mon opinion est la suivante : parce que la e-cig a vraiment la cote au détriment de la cigarette traditionnelle que certains cigarettiers ancestraux ont paniqué et qu’ils ont, je ne sais pas comment, poussé le gouvernement à réagir de cette façon agressive. Certes, la majorité de ces cigarettiers se sont lancés dans la fabrication et/ou la vente de la e-cig, suivant les traces du visionnaire Philip Morris qui a été le premier à l’introduire au Maroc, mais la cigarette électronique ne leur rapportera jamais autant qu’à une époque où il n’y avait que la tige ».
Et de poursuivre: « Nos produits sont écoulés quotidiennement, soit au niveau de notre shop directement, soit depuis d’autres plateformes en ligne comme Glovo par exemple. Et il faut obligatoirement être majeur pour acquérir une cigarette électronique…Les ventes se passent très bien et il n’y a jamais eu de problèmes jusqu’à présent ».
Notre source conclut avec : « Je pense que c’est l’augmentation patente des ventes de la cigarette électronique jetable, et ce, en dépit de la hausse flagrante des droits à l’importation, causant par ricochet une baisse sensible des ventes des cigarettes, qui a fait flipper certains cigarettiers. Ils se sont sentis incontestablement menacés par la concurrence de la e-cig jetable qui cartonne en ce moment. Le gouvernement doit être conscient du fait que s’il continue sa politique, la e-cig deviendra un produit de luxe et les moins nantis pourront continuer éternellement de vapoter un produit périmé faute de pouvoir acheter un nouveau jetable ».


